REPÈRES POUR LES ÉQUIPES PROJET

Au-delà du végétal : comment le design biophilique peut soutenir des espaces neuro-inclusifs

Nous passons environ 90 % de notre temps à l'intérieur, et pourtant beaucoup d'intérieurs restent conçus autour d'une idée étroite de la façon dont on habite un lieu. Ce guide examine où le design biophilique et la conception neuro-inclusive se rejoignent, et ce que cela demande aux architectes : non pas combien de végétal ajouter, mais comment le végétal peut multiplier les manières d'habiter un espace.

9 min de lecture Publié le 24 septembre 2026 Sujets : Conception neuro-inclusive, Confort sensoriel, Stratégie des espaces de travail
Conception neuro-inclusive PAS 6463 Design sensoriel Prospect et Refuge Choix et contrôle Confort acoustique 14 Patterns Espaces de travail Design biophilique
Intention : Cet article s'adresse aux architectes, architectes d'intérieur et responsables d'environnements de travail à qui l'on demande de rendre les projets plus inclusifs et qui veulent savoir ce que le design biophilique y apporte réellement. Il expose les principes de la conception neuro-inclusive, les points où le design lié à la nature les rejoint, et les endroits où les preuves restent en construction. Il ne présente pas la nature comme un traitement de la neurodivergence.
En bref : La conception neuro-inclusive ne consiste pas à créer un seul environnement plus calme pour tous. Elle consiste à créer assez de variété, de lisibilité et d'autonomie pour que des personnes différentes trouvent les conditions dont elles ont besoin, et qu'une même personne en trouve de différentes selon les moments. La nature n'est pas une condition sensorielle unique : elle offre ouverture et enveloppement, stimulation et récupération, texture et silence. Bien employée, une seule intervention apporte à la fois confort acoustique, définition de l'espace et lien avec le vivant.
Sommaire

Il n'existe pas d'expérience sensorielle « moyenne »

Le même éclairage. Les mêmes conditions acoustiques. Les mêmes plateaux ouverts. Le même niveau de stimulation. Derrière une grande partie de ce qui se construit, une hypothèse : si un environnement fonctionne à peu près pour la plupart des gens, il fonctionne pour tous.

Les êtres humains ne sont pas standardisés. Nous percevons différemment le son, la lumière, la texture, le mouvement, la couleur et l'espace, et la capacité à se concentrer, à échanger ou à récupérer varie d'une personne à l'autre comme au fil d'une même journée. L'agence américaine de protection de l'environnement situe toujours à 90 % environ le temps que nous passons à l'intérieur : cela rappelle ce qui se joue ici.

La conception neuro-inclusive part d'un principe simple : les gens ne traitent pas leur environnement de la même façon. La neurodiversité désigne la variation naturelle dans la manière dont les cerveaux perçoivent, traitent et organisent l'information — personnes autistes, personnes ayant un TDAH, une dyslexie ou une dyspraxie, entre autres. Le constat est plus large encore : l'expérience cognitive et sensorielle varie chez nous tous.

La norme PAS 6463:2022, Design for the Mind, publiée par la British Standards Institution, a été élaborée pour aider le cadre bâti à répondre à ces différences. Elle couvre l'acoustique, l'éclairage, le confort thermique, la couleur, l'organisation des plans et le repérage.

Point essentiel : il n'existe pas de profil sensoriel neurodivergent unique. Certaines personnes sont très sensibles au bruit, au mouvement ou à la complexité visuelle ; d'autres recherchent davantage de stimulation, et une même personne peut avoir besoin de conditions différentes selon la tâche ou le moment. Jean Hewitt, autrice technique de la PAS 6463, souligne l'importance du choix et du contrôle : plutôt que de supprimer toute source de stimulation, un environnement doit accueillir un éventail de besoins.

L'étude 2026 de Gensler sur la neurodiversité au travail décrit un « écart d'expérience » entre la façon dont les salariés neurotypiques et neurodivergents vivent les sollicitations sensorielles au fil de la journée. Bruit subi, éclairage dur, encombrement visuel et interruptions ne surviennent pas isolément. Ils s'accumulent.

Un lieu de travail inclusif demande donc davantage qu'une salle calme isolée ou quelques bureaux réglables : éclairage, acoustique, couleur, matériaux, mobilier et repérage forment un seul système sensoriel. La distinction qui compte est entre flexibilité et véritable choix sensoriel.

Une alcôve d'assise protégée avec des plantes stabilisées en fond, installée au sein d'un plateau ouvert

Un environnement réellement varié peut offrir :

Des zones plus calmes à côté de zones plus animées
Des espaces sociaux ouverts à côté de lieux plus protégés
Des zones lumineuses à côté d'éclairages plus doux
Des espaces de collaboration à côté de lieux de concentration ou de récupération
Des ambiances aux niveaux de stimulation visuelle et acoustique différents

Le British Council for Offices, dans son étude Designing for Neurodiversity , arrive à une conclusion voisine : un environnement facilitant donne de l'autonomie par le choix et la variété. Plutôt que chacun s'adapte à un cadre dominant, c'est le cadre qui s'adapte à la diversité de ses usagers.

Là où le design biophilique entre en jeu

Le design biophilique est parfois réduit à une idée très simple : ajouter du végétal. Sa portée est nettement plus large.

Le cadre de référence de Terrapin Bright Green, 14 Patterns of Biophilic Design , repose sur le contact direct avec la nature, les matériaux et formes naturelles, la lumière changeante, la variation sensorielle et des expériences spatiales comme Prospect et Refuge. Le design biophilique tient donc autant à la manière dont un espace se vit qu'à ce qu'il contient.

Le lien avec la nature peut passer par la plantation, mais tout autant par la texture, la matérialité, les formes naturelles, la lumière du jour, la profondeur visuelle et des dispositions qui rappellent le dehors.

Textures de mousse et de lichen passant de l'ombre profonde à la pleine lumière dans un même cadrage

Le design biophilique n'offre pas de formule universelle pour la neuro-inclusion, et la conception liée à la nature ne doit pas être présentée comme un traitement de la neurodivergence. Ce qu'il apporte, ce sont des outils pour des environnements aux qualités sensorielles variées, à la définition spatiale plus lisible, et offrant davantage d'occasions de récupérer, de se concentrer et de choisir.

Le Journal of Biophilic Design a consacré un numéro à la neurodiversité, et la PAS 6463 elle-même intègre le lien avec la nature dans ses recommandations sur les environnements sensoriellement inclusifs.

Concevoir avec Prospect et Refuge

L'une des rencontres les plus fécondes entre pensée biophilique et pensée neuro-inclusive est la relation entre Prospect et Refuge.

Dans le cadre de Terrapin, Prospect désigne la possibilité d'embrasser du regard et de comprendre l'environnement alentour. Refuge en est le complément : un lieu où s'extraire du flux principal de l'activité tout en restant relié à l'espace plus vaste.

Nous en faisons constamment l'expérience dehors : une position abritée qui domine un paysage ouvert.

Une position abritée et ombragée en lisière de forêt, ouvrant sur une clairière ensoleillée : l'archétype naturel de la vue dégagée et de l'abri

En intérieur, le même principe inspire les assises à dossier haut, les espaces semi-fermés, les écrans, les cloisons et les coins plus calmes placés à côté d'environnements ouverts. Le but n'est pas l'isolement : un bon refuge protège tout en laissant comprendre ce qui se passe autour.

Terrapin recommande aussi plusieurs types de refuges là où il faut accueillir des effectifs importants ou des activités multiples. La variété, encore, plutôt qu'une solution unique.

L'acoustique fait partie du paysage sensoriel

Le son est l'exemple le plus clair de l'importance du design sensoriel. Un plateau ouvert peut paraître confortable et rester épuisant sur le plan acoustique : conversations, déplacements, téléphones et surfaces dures réfléchissantes composent un environnement que le cerveau doit traiter en continu.

La PAS 6463 inscrit l'acoustique parmi les éléments à considérer dans les environnements neuro-inclusifs, et la recherche sur la neurodiversité identifie régulièrement le bruit subi comme une composante majeure de la charge sensorielle.

Cela ne veut pas dire le silence partout. Un café collaboratif a une identité acoustique différente d'une zone de concentration. Ce qui compte, ce sont des conditions adaptées à chaque activité, et des alternatives quand elles ne conviennent plus.

Plateau ouvert où des éléments de mousse stabilisée suspendus et un mur de mousse contribuent à l'absorption acoustique

C'est là que design acoustique et design biophilique se rejoignent. Matériaux naturels et stabilisés, surfaces texturées et éléments acoustiques dédiés peuvent être intégrés à l'architecture plutôt qu'ajoutés comme un correctif technique.

Une mise en garde sur la façon dont l'absorption est annoncée. La mesure elle-même se fait en salle réverbérante selon l' ISO 354. Deux familles d'indicateurs en découlent : ASTM C423 définit le NRC utilisé en Amérique du Nord, tandis que l' ISO 11654 définit le coefficient pondéré et la classe d'absorption, de A à E, utilisés en Europe. Ils ne sont pas interchangeables, et un chiffre n'a de sens qu'accompagné de la norme dont il provient et du montage utilisé lors de l'essai.

0.73
Ball Moss : NRC selon ASTM C423. Classe d'absorption D selon ISO 11654
0.65
Velvet Leaf : NRC selon ASTM C423. Classe d'absorption C selon ISO 11654
PAS 6463
La norme du BSI qui inscrit l'acoustique dans la conception neuro-inclusive

Les deux valeurs proviennent de laboratoires européens accrédités : Ball Moss au CARE-CEDIA de l'Université de Liège, Velvet Leaf chez Peutz bv. Parce que c'est le matériau lui-même qui est testé, la performance acoustique peut appartenir à la palette biophilique au lieu de rester à part.

Structurer l'espace par le végétal

Les éléments biophiliques peuvent faire plus qu'occuper un mur. Ils peuvent structurer l'espace.

Une cloison plantée ou couverte de mousse crée une transition perceptible entre deux zones d'activité. Un mur de texture naturelle installe un fond plus calme. Un écran crée un refuge partiel sans refermer l'espace.

Cloisons mobiles G-Divider en plantes stabilisées séparant la circulation d'un espace assis

Les éléments Greenmood les plus souvent prescrits pour ce type de travail jouent chacun un rôle un peu différent.

G-Divider et sa surface double face en mousse stabilisée
G-Divider
Une structure mobile à surface double face en mousse stabilisée, conçue pour découper de grands volumes tout en contribuant au contrôle acoustique. Parce qu'elle se déplace, les conditions spatiales changent sans diviser l'architecture de façon définitive.
Gros plan sur un panneau acoustique Ball Moss
Ball Moss
Une surface dense, en coussins. NRC 0,73 selon ASTM C423, classe d'absorption D selon ISO 11654, mesuré au CARE-CEDIA de l'Université de Liège. Prescrit là où un fond plus calme est nécessaire derrière des postes de concentration ou dans des plateaux réverbérants.
Panneau de feuillage stabilisé Velvet Leaf
Velvet Leaf
Une surface plus plane, plus dense, à l'aspect de jardin. NRC 0,65 selon ASTM C423, classe d'absorption C selon ISO 11654, mesuré chez Peutz bv. Retenu lorsque la lecture visuelle compte autant que l'absorption.

Le principe plus large : au lieu de traiter séparément plantation, acoustique, zonage et expérience sensorielle, une seule intervention peut en servir plusieurs à la fois — lien avec la nature, confort acoustique, définition de l'espace, texture et refuge. Le résultat n'est pas simplement plus de végétal, mais un environnement plus riche et plus lisible.

Des preuves encourageantes, mais une conception qui demande de la nuance

Une revue systématique des interventions fondées sur la nature au travail a trouvé des résultats positifs sur les effets réparateurs et le bien-être, en notant que les études restent peu nombreuses et les dimensions multisensorielles peu explorées. Une deuxième revue, sur le stress au travail, confirme l'intérêt de l'exposition à la nature, en particulier l'accès à l'extérieur, et pointe les mêmes lacunes. Une étude de 2024 parue dans Scientific Reports établit une relation positive entre exposition intérieure à la nature, vitalité des salariés et bien-être, en notant que le rapport individuel à la nature peut influencer les résultats.

La leçon n'est pas que des plantes créent un lieu de travail neuro-inclusif. C'est que la nature peut s'inscrire dans une stratégie plus large, informée par les preuves, qui reste centrée sur les personnes qui occupent les lieux.

Des recherches participatives menées avec des adultes autistes le confirment. Une étude sur l'expérience sensorielle dans les espaces publics a identifié six facteurs liés entre eux, qui déterminent si un lieu est facilitant ou invalidant : paysage sensoriel, espace, prévisibilité, compréhension, ajustements et récupération.

Ce dernier mot compte.

Parfois, bien concevoir ne consiste pas à supprimer toute source de stimulation. Cela consiste à s'assurer que chacun dispose d'un endroit où en récupérer.

Concevoir pour la différence, pas pour une moyenne imaginaire

Une bonne conception inclusive n'est pas l'environnement unique qui conviendrait à tous ; cet environnement n'existe probablement pas. Ce sont des lieux offrant assez de diversité, de lisibilité et d'autonomie pour que chacun y trouve les conditions qui lui conviennent.

Concevoir pour ces différences suppose de dépasser une idée unique du confort, vers des environnements où chacun peut se concentrer, échanger, se retirer, bouger, récupérer et régler lui-même son expérience.

Le design biophilique peut servir cette ambition précisément parce que la nature n'est pas une condition sensorielle unique. Elle contient ouverture et enveloppement, immobilité et mouvement, complexité et ordre, texture, lumière et ombre.

Cafétéria d'entreprise où des cercles de mousse stabilisée encadrés sont encastrés dans un claustra en bois qui sépare la salle à manger de l'espace voisin

Une approche où le confort acoustique se pèse avec l'esthétique, où le refuge coexiste avec l'ouverture, où la stimulation s'équilibre avec la récupération, et où l'on propose de vrais choix au lieu d'attendre que chacun s'adapte à un cadre figé. La nature devient une part de l'architecture même de l'expérience.

La question la plus intéressante n'est donc pas de savoir combien de nature ajouter à un espace, mais comment la nature peut multiplier les manières de l'habiter.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la PAS 6463 et pourquoi concerne-t-elle les concepteurs ?

La PAS 6463:2022, Design for the Mind, est un référentiel de la British Standards Institution qui aide le cadre bâti à répondre aux différences de perception et de traitement de l'environnement. Il couvre l'acoustique, l'éclairage, le confort thermique, la couleur, l'organisation des plans et le repérage, et intègre le lien avec la nature parmi ses principes d'inclusion sensorielle.

Un environnement peu stimulant suffit-il à rendre un lieu neuro-inclusif ?

Non, pas à lui seul. Il n'existe pas de profil sensoriel neurodivergent unique : certaines personnes sont très sensibles au bruit, au mouvement ou à la complexité visuelle, d'autres recherchent davantage de stimulation, et une même personne peut avoir besoin de conditions différentes selon les moments. C'est pourquoi la PAS 6463 insiste sur le choix et le contrôle plutôt que sur la suppression de toute stimulation.

Que signifient Prospect et Refuge dans un intérieur ?

Dans les 14 Patterns of Biophilic Design de Terrapin Bright Green, Prospect désigne la possibilité d'embrasser du regard et de comprendre l'environnement alentour, et Refuge un lieu où s'extraire du flux principal de l'activité tout en y restant relié. En pratique : assises à dossier haut, espaces semi-fermés, écrans, cloisons et coins plus calmes à côté d'environnements ouverts. Terrapin recommande plusieurs types de refuges plutôt qu'un seul.

La mousse stabilisée peut-elle contribuer au confort acoustique en plus du lien avec la nature ?

Oui, à condition de lire les chiffres au regard de la bonne norme. L'absorption se mesure en salle réverbérante selon l'ISO 354. Ball Moss atteint un NRC de 0,73 selon l'ASTM C423 et la classe d'absorption D selon l'ISO 11654 ; Velvet Leaf atteint un NRC de 0,65 et la classe C. Le NRC est l'indicateur nord-américain, la classe l'européen : demandez toujours de quelle norme provient un chiffre, et sous quel montage.

Le design biophilique est-il une solution à la neurodivergence ?

Non, et il ne doit pas être présenté ainsi. Le design biophilique n'est pas un traitement et n'offre pas de formule universelle pour la neuro-inclusion. Il offre des outils pour des environnements aux qualités sensorielles variées, à la définition spatiale plus lisible, et offrant davantage d'occasions de récupérer, de se concentrer et de choisir.

Ressources

  1. Panneaux acoustiques Ball Moss — NRC 0,73 (ASTM C423), classe d'absorption D (ISO 11654)
  2. G-Divider — Cloison mobile double face en mousse stabilisée
  3. Murs de mousse vs panneaux acoustiques — Données d'absorption mesurées, laboratoires et rapports d'essai
  4. Performances acoustiques et matériaux — Comment s'articulent ISO 354, ISO 11654 et ASTM C423
  5. Design biophilique et bien-être au travail — L'état des preuves sur le bien-être

Pour une assistance technique sur un projet précis, contactez l'équipe Greenmood de votre région.

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